Pourquoi sommes-nous autant obsédé.e par le fait d’être choisi.e ?

Cet article est une transcription et une traduction d’un extrait du podcast «You’re it» de la série de podcasts Akimbo produite et distribuée par Seth Godin.

Pourquoi nous soucions-nous autant du fait d’être choisi.e ?

Enfouie profondément au cœur de notre culture trône la porte des studios Paramount. Ou bien vous arrivez à passer cette porte, ou bien vous n’y arrivez pas. Et si vous n’y arrivez pas, alors ne rêvez même pas de réaliser un film un jour.

De la même façon, the Book of the Month Club a été un acteur extraordinairement puissant pendant plus de cinquante ans. Si Clifton Fadiman et les autres membres du club choisissaient votre livre cela pouvait tout changer pour vous. Parce qu’un demi millions de personnes allaient en recevoir un exemplaire par la poste.

Être choisi.e par le club pouvait signifier énormément.
Et vous ne pouviez pas être choisi.e par le club si vous n’aviez pas encore publié de livre.
Et vous ne pouviez pas avoir publié de livre si vous n’aviez pas d’abord été choisi.e par un éditeur.
Et vous ne pouviez pas avoir été choisi.e par un éditeur si vous n’aviez pas d’abord été choisi.e par un agent.
Et vous ne pouviez pas avoir été choisi.e par un agent si vous n’aviez pas des contacts dans ce milieu, des personnes susceptibles de vous recommander.

Il n’y a pas si longtemps, si Oprah Winfrey choisissait votre livre pour en parler dans son émission, vous aviez gagné. Même le livre qui bénéficiait le moins de la notoriété d’Oprah dépassait de très loin la notoriété de tous les autres livres qui n’avaient pas été choisis. Oprah était celle qui choisissait pour les autres.

Mais, fidèle à son habitude, Internet a tout changé.

Parce que la porte des studios Paramount a été remplacé par la porte de Youtube.
Parce que la porte de Youtube est grande ouverte, avec un panneau sur lequel est écrit: “Cliquez-ici et publiez votre vidéo en ligne”. Parce que la porte du Kindle est grande ouverte avec un panneau sur lequel est écrit: “Cliquez-ici et publiez votre manuscrit en ligne”.

Les règles du jeu ont fondamentalement changées et soudainement les portiers n’ont plus autant de pouvoir et d’influence qu’ils en avaient l’habitude.

Alors, pourquoi sommes nous toujours autant obsédé.e par le fait d’être choisi.e ?

Parce que cette obsession n’est pas seulement liée à la rareté des espaces d’exposition médiatique, au nombre limité de chaines de télévision, de cinémas, de librairies. Elle n’est pas uniquement liée à la concentration du pouvoir décisionnel que l’on retrouve chez les portiers, chez Netflix ou bien au Book of the Month Club.

Cette obsession est avant tout liée à ce qui se passe dans nos têtes.

Il y a quelques années, notre famille a adopté un chien. Mais la barrière de notre jardin n’était pas assez haute pour l’empêcher d’aller sur la route. Alors nous l’avons dressé afin qu’il respecte les limites d’une clôture invisible. Nous n’avons jamais eu besoin que son collier lui envoie des chocs électriques s’il dépassait la limite du jardin, les ultrasons qui se déclenchaient quand il s’en approchait ont largement suffi à lui apprendre à respecter cette frontière.

Ne dépasse pas la frontière. Ne t’approche pas de la limite. C’était la leçon que nous voulions lui enseigner. Après huit semaines, j’ai débranché la clôture invisible et j’ai enlevé la batterie de son collier. Ça n’avait plus d’importance : notre chien pensait que le système fonctionnait toujours.

Comme nous pensons toujours que le fait d’être choisi.e est ce qui compte réellement, ce qui nous permettra d’accomplir nos projets.

De récent.es diplômé.es de l’enseignement supérieur, endetté.es parfois à hauteur de plusieurs centaines de milliers de dollars, passent des années entières à avoir les meilleures notes, à satisfaire les exigences de leurs professeurs, à accomplir chacune des épreuves de tous leurs examens.

Puis nous les envoyons dans le monde en leur disant : “Trouve un travail.”

Alors ces personnes nous disent “Oui bien sur, tout de suite. Où est le bureau de recrutement?”

Et nous leur répondons :Oh… Nous n’en avons plus.”

Alors elles nous rétorquent : “Mais dans ce cas, où vais-je trouver la longue ligne de recruteurs qui désirent embaucher une personne conforme ? Une personne bien habillée, polie, respectueuse des procédures et qui veut suivre les instructions à la lettre?”

Et nous leur annonçons :Oh… Mais nous ne choisissons plus les gens comme cela… Maintenant pour les emplois intéressants, nous sommes à la recherche de personnes capables de se choisir elles-même. Bien sur nous les payons toujours à la fin du mois, mais nous les payons pour leur initiative pour leur créativité, pour la pertinence de leur analyse, pas parce qu’elles respectent un manuel. Si vous voulez suivre un manuel, vous feriez mieux de postuler pour travailler au fast food près de chez vous. Nous n’avons pas de manuel ici, nous cherchons des personnes capables de trouver par elle même ce qu’il faut faire et de l’accomplir.”

Et alors tous ces jeunes diplômés surendettés se disent : “Je devrais peut être trouver un stage à la place.”

Et les candidatures pour les offres de stages n’ont jamais été aussi nombreuses. Des stages au sein d’organisations dans la tourmente parce que tous les portiers qui les protégeaient et leur permettaient de profiter de leurs avantages historiques ont quitté le bâtiment depuis longtemps.

C’est un cycle auto-destructeur qui ne rend plus service à personne.

La plus grande erreur que vous puissiez commettre aujourd’hui est de ne pas commencer à accomplir le travail qui vous tient à cœur et qui doit être fait selon vous.

Parce qu’à chaque fois que les canaux de diffusion changent, à chaque fois que la culture évolue, vous disposez de nouvelles opportunités de déjouer l’attention des portiers et de pénétrer dans le bâtiment.

Parce que les portier subissent une énorme pression au fur et à mesure que leur audience/clientèle captive et influençable diminue. Parce que les principaux utilisateurs qu’il leur reste sont souvent les plus âgés, ceux qui n’ont pas encore compris l’étendu des nouvelles alternatives à l’extérieur.

Parce que nous apprenons à nous faire de plus en plus confiance, à oser nous choisir nous-même pour faire le travail qui compte pour nous, à oser partir à la rencontre des autres en leur disant : “Tiens, je l’ai conçu pour toi.”

Et ce qu’il y a de magique lorsque vous allez à la rencontre des autres en leur disant : “Tiens, je l’ai conçu pour toi”, c’est que vous n’avez pas besoin de le clamer au monde entier. Seulement aux personnes qui partagent votre engagement et vos convictions, les seules personnes qui vous entendront, qui remarqueront ce que vous tentez d’accomplir.

Et c’est seulement une fois qu’elles auront compris ce que vous faites que ces personnes porteront peut-être votre parole autour d’elles, commençant ainsi à répandre vos idées.

Alors voici mon conseil. Si vous avez un livre dans votre disque dur, votre premier roman, si vous l’avez pitché devant des centaines d’agents et des dizaines d’éditeurs et que personne ne vous a choisi, si vous êtes paralysé par la crainte, que vous passez votre temps à le réécrire, à retravailler votre discours encore et encore, je vous en supplie : arrêtez tout de suite.

Prenez le livre, faites en un PDF et envoyez le à cinquante personnes. Cinquante personnes dont vous respectez les goûts et qui parcourront quelques chapitres de votre livre. Et dans votre mail dites leur :”Voici mon premier livre, il est gratuit, j’ai décidé d’avoir le courage de l’écrire, de me choisir pour l’écrire, si vous l’aimez, partagez le avec d’autres personnes.”

Et alors deux choses pourront arriver.

Soit votre livre touchera une corde sensible et ces personnes le diffuseront autour d’elles et quelqu’un vous appellera en disant : “J’ai bien aimé votre livre, pourriez-vous en écrire un nouveau? J’aimerais le publier.”

Ou bien votre livre ne se diffusera pas, il ne sera pas aussi bon que vous le pensiez. Auquel cas, je vous conseille de faire exactement la même chose que dans le premier cas : écrivez un nouveau livre.

Parce qu’il n’y a plus de portiers désormais. Si vous aimez écrire des livres, si vous avez quelque chose à partager, écrivez un autre livre. Si vous voulez construire quelque chose, commencez à le construire maintenant.

Si vous voulez faire du marketing, n’attendez pas de trouver un emploi dans une grande organisation, partez à la rencontre de votre association préférée et proposez leur de faire du marketing bénévolement pour eux. Allez y, faites le ! Trouvez un projet intéressant pour eux, amenez le jusqu’à Kickstarter. Allez faire du marketing.

Nous ne sommes plus nos curriculum vitae. Nous sommes notre travail.

Pas notre emploi, notre travail.

Le travail que nous choisissons d’accomplir, la différence que nous essayons de provoquer dans le monde.

Cet instant très spécial où les portiers sont en train de disparaître et où la majorité des personnes n’ont pas encore le courage de se choisir elles-mêmes ne durera pas toujours. Il n’y a jamais eu de meilleur moment pour choisir d’avoir confiance en vous et décider que vous êtes la bonne personne pour accomplir le travail réellement important à vos yeux.

Parce qu’après tout, si vous ne vous choisissez pas vous même, qui d’autre vous choisira ?

Je prends le temps d’écrire cet article aujourd’hui avec une pensée pour toutes les personnes que j’ai eu la chance d’avoir comme étudiant.es ou auditeur.ices de mes conférences, pour toutes les personnes que je n’ai jamais rencontrées et qui m’écrivent pour me parler d’elles et de leur projets depuis que la conférence Soyez Vous Même a été postée sur Youtube.

Pour toutes les personnes admirables que je croise au quotidien et qui choisissent de se rendre à leur travail pour essayer de faire une différence, de transformer la façon dont les choses sont faites. Pas parce que quelqu’un le leur a demandé, mais parce qu’elles pensent que c’est important.

Merci de choisir chaque jour d’être un peu plus vous-même et d’en faire profiter les autres.

 

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