Dorcel en Réalité Virtuelle, Future Star d’UX?

Lundi dernier, Dorcel présentait sa toute nouvelle offre : des expériences pornographiques en réalité virtuelle. Faut-il voir dans cette immersion en 3D et à 360° le renouveau du porn ?  Quelques éléments de réponses avec Ghislain Faribeault, VP Media et Anna Polina, actrice et égérie de la marque.

 

Porno business, une affaire d’innovations ?

Si elle fait toujours l’objet d’un mélange de fascination et de condamnation, l’industrie du porno représente néanmoins plusieurs milliards de dollars de chiffre d’affaire chaque année. Un business lucratif que le passage à l’économie du tout numérique a cependant perturbé. Piratage, streaming, concurrence accrue… La production pornographique n’échappe pas aux maux qui secouent l’industrie de l’Entertainment toute entière.

Cette combinaison de réputation sulfureuse et de challenge technologique explique sans doute largement la stratégie du porno : se positionner comme une industrie porteuse et pionnière dans l’innovation. En effet, depuis sa naissance, le X a multiplié les moyens d’atteindre et conquérir son audience : vente par correspondance, production en vidéo, multimédia en CD-Rom ou plus récemment, streaming et VOD.

Une débauche de moyens pour conquérir ou conserver des utilisateurs qui se poursuit encore aujourd’hui. L’industrie pornographique expérimente de nombreuses nouvelles formes de création ou de production : crowdfunding de production adulte,  téléchargement de vidéos 3D, ou, comme on le voit avec le lancement du site Dorcel VR, production de contenus en Réalité Virtuelle.

 

Porn & Réalité virtuelle, l’UX(ure) du futur ?

Le principe de cette nouvelle proposition de Dorcel est simple : un film exclusivement dédié aux casques de réalité virtuelle. La vidéo est tournée en plan séquence depuis le point de vue de l’utilisateur, qui peut observer la scène à 360 degrés autours de lui, le tout avec un rendu 3D assez impressionnant.

Le plus étonnant dans l’histoire, c’est probablement le dispositif qui a permis la réalisation de cette vidéo très particulière. Il s’agit, comme on peut le voir sur la photo ci-dessous, de 14 Go Pros disposées en cercle et couvrant la scène à 360 degrés depuis deux angles distincts.

C’est ce double point de vue qui permet au spectateur de reconstituer des images en trois dimensions lors du visionnage. On est loin du fantasme de caméras hors normes façon Spielberg ou Cameron. On peut également souligner l’enregistrement binaural du son, qui permet de renforcer l’immersion lors de l’écoute au casque.

 

Une expérience Classée UX ?

Lundi soir, Dorcel proposait donc de découvrir deux scènes de porno en réalité virtuelle 3D 360 degrés. Une immersion rendue plus tangible encore par le lieu, puisque l’expérience se déroulait sur le plateau où les films avaient été tournés…Sensations garanties!

Sans revenir sur les éléments scénaristiques de ces court métrages, somme toute assez conventionnels, mon interrogation se portait plus sur les possibilités offertes par ce nouveau médium.

Le casque de réalité virtuelle est-il un moyen de raconter différemment ? Est-il l’opportunité de développer de nouveaux usages autour du matériel pornographique ? Quelles sont les nouvelles contraintes techniques posées par ce support ? Autant de questions que je suis allé poser à Anna Polina, actrice sur ces deux séquences, et àGhislain Faribeault, VP Media de Marc Dorcel.

 

Pouvez-vous nous expliquer dans quelle mesure ce tournage diffère des productions habituelles ?
Anna Polina – C’est complètement différent d’un tournage 2D, il y a beaucoup plus de contraintes. Ce n’est pas un réalisateur avec une ou deux caméras mais
14 GoPros qui forment une sorte de masque sur le visage de l’acteur.

Ce casque limite d’ailleurs la vision du performeur masculin qui ne peut pas vraiment nous voir, et que nous ne regardons pas. On doit se concentrer en permanence sur la caméra, ne regarder que dans sa direction comme si on s’adressait au spectateur.

L’espace de jeu est également très limité. Il y a un marquage au sol qui définit une sorte de couloir duquel l’actrice ne doit pas sortir afin de ne pas apparaître dans deux champs de caméra à la fois. Cela permet de reconstituer l’ensemble des images en mode panoramique après le tournage.

Le point le plus stressant reste le fait de tourner en plan séquence. Il n’y a pas de cut, pas de possibilité de montage. Si un acteur se loupe, on doit tout reprendre depuis le début. Deux minutes trente ça parait très court mais ça nous a pris cinq bonnes heures de travail pour y arriver.

Ghislain Faribeault – L’enjeu majeur pour nous sur ce projet, ça a été de trouver le bon partenaire pour la captation vidéo. Je pense sincèrement avoir rencontré toutes les boites de France et d’Europe qui pouvaient convenir pour ce tournage. On en a éliminé énormément jusqu’à trouver celle avec qui on a pu atteindre la qualité de rendu qu’on visait.

La préproduction ensuite. L’écriture a été très différente. On a vraiment voulu profiter du format pour mettre en scène différemment, pour ne pas filmer la même chose qu’en 2D. On a d’abord pensé la production comme celle d’une expérience pour un individu et pas d’un énième film. Le résultat est immersif, court, et en temps réel, c’est plus un moment de vie qu’un film.

Les limitations techniques sur le tournage aussi. Le plan séquence et les angles de prise de vue bien sur mais aussi le dispositif de captation. On tourne avec
14 caméras en même temps, ça veut dire 14 batteries et 14 cartes mémoire. Une défaillance et tu reprends tout depuis le début, tu multiplies tous les risques.

 

A l’heure où la pornographie se consomme majoritairement en ligne et entre deux tabs de navigateurs sur des sites de streaming, est-ce que vous voyez cette forme de pornographie comme l’occasion de recréer un moment privilégie pour le spectateur ?

Pensez-vous que celui ci jouera le jeu et acceptera les contraintes posées par le contexte d’usage (casque VR et écouteurs audio, déconnexion des autres tâches et distractions) ?
Anna Polina – Je pense qu’il y a encore des personnes amoureuses du porno, de cette forme d’expression esthétique. Créer un moment privilégié pour elles reste toujours possible même si on a bien conscience qu’on s’adresse à une population qui va en diminuant. Tout est tellement accessible partout et tout le temps aujourd’hui. Mais avec cette expérience on essai de sortir d’une forme de consommation frénétique pour quelque chose de plus qualitatif, de plus intime, de plus personnel.

Ghislain Faribeault – C’est certain qu’on change la façon courante de consommer du porno. C’est moins un zapping avec des milliers de catégorisation sous forme de tags, et plus la proposition de vivre, d’expérimenter quelque chose de nouveau, d’unique. Ça ne changera rien du tout au problème qu’on a par ailleurs avec le piratage de nos contenus, mais c’est un autre sujet.

 

Et alors ce qu’on a vu ce soir, est ce que c’est toujours du porno ? Est ce que c’est autre chose ? Est ce que ça représente l’avenir, ou au moins une direction possible pour la société Dorcel ?
Anna Polina – C’est un essai, une première fois. Il faut tester et continuer d’ expérimenter. C’est en tout cas un support intéressant pour imaginer d’autres formes de contenus pornographiques. Peut être des expériences collectives aussi, à vivre en couple par exemple.

Ghislain Faribeault – Les réactions sont très positives, ce qui fait beaucoup de bien. Après un an à bosser sur des expériences Oculus on n’a plus d’opinion neutre de ce qu’on fait. Voir le regard des gens qui viennent tester ce soir est une vraie récompense pour tout le travail de cette dernière année.

C’est encore très loin d’être un marché : il y a encore peu de personnes équipées en casques, les stores des constructeurs mobiles sont frileux sur les applications et contenus pornographiques, du coup le contenu est téléchargeable exclusivement sur le site Dorcel VR.

Être le premier sur ce format n’a jamais été un enjeu. Ce qui a été crucial ici pour nous c’est de faire vivre une expérience. D’atteindre la qualité de captation et de rendu nécessaire à une immersion maximum. De faire beaucoup d’expérimentations aussi, pour tester et apprendre dès maintenant à utiliser ce nouveau support, au cas où. Peut être que ça prendra, peut être pas. Ça reste de la R&D pour nous, et une façon très stimulante de continuer à réinventer notre métier.

Merci à nouvelle fois à Anna, Ghislain et à tout le staff de Dorcel pour la qualité de son accueil et pour cette expérience. Et rendez-vous dans quelques années pour savoir si la marque aura su passer de créatrice de fantasmes à star d’UX 😉

 

Update du 23 octobre
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